A gauche et à droite
jeudi 24 mai 2007 par Serge Rivron

" Entre nous, monsieur Rivron, êtes-vous de droite ou de gauche ?"
Le dernier à me poser cette lancinante question, il y a quelques jours, c’était le chef de Cabinet du Préfet, chargé de me faire passer le petit test de l’orientation politique des candidats aux Législatives…
Depuis ma crise d’adolescence, je n’ai jamais bien compris comment on faisait pour répondre à cette question… Adolescent, c’était facile : je me disais de gauche parce que la gauche représentait pour moi la générosité. Point.
J’ai eu très vite l’impression, ensuite, à la relecture un peu plus libre de l’histoire qu’on ne vous apprend pas à l’école, un peu plus étoffée, qu’il y avait comme une fantastique confusion, savemment et patiemment entretenue, sur le sujet. J’ai lu plein d’auteurs de gauche très généreux, très sincèrement altruistes, et honnêtes apparemment dans leur vie quotidienne avec leurs idéaux. J’en ai trouvé aussi bon nombre à droite. Idem pour les hommes politiques.
On classe d’ailleurs, généralement, les gens en fonction des hommes politiques qu’ils soutiennent ou disent aimer. Et les hommes politiques, en fonction de la place de leurs meilleurs amis dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Rien à voir donc, à l’origine, avec la générosité, "la fibre sociale" comme on dit. N’oublions jamais que les partis d’extrême-droite ont le plus souvent été portés au pouvoir par des gens qui avaient la fibre tellement sociale qu’elle en était devenue populiste (adjectif galvaudé et censément péjoratif sur lequel il y aurait aussi beaucoup à dire, mais le site d’un candidat aux Législatives n’est ni un manuel d’histoire, ni un traité de philosophie).
Alors comment en est-on arrivé à faire d’une bête situation dans l’espace le symbole d’un état de notre être-au-monde individuel ?
Et surtout, comment en est-on arrivé à ériger en argument d’autorité le fait qu’il faille absolument se sentir à droite ou se sentir à gauche ?
Et puis, quelles valeurs fondamentales, réelles, opposeraient nécessairement ces deux notions : la gauche/la droite ?
Je n’en vois aucune qui tienne à l’analyse : ni la générosité, ni l’efficacité, ni l’autoritarisme, la sincérité ni la probité individuelles, ni même le point de vue que chacun dans son camp peut avoir sur la géo-stratégie, les relations étrangères, le mode de gouvernement de l’Europe…
Seule reste, peut-être, et encore, la question du modèle économique, le fameux "libéralisme contre dirigisme". Il pourrait bien y avoir ici une vraie ligne de fracture entre la droite et la gauche, mais qui n’a plus vraiment cours qu’en théorie de l’économie, ou dans les cerveaux abimés de quelques fondamentalistes d’un camp politique ou de l’autre, et dont par bonheur les Français n’ont jamais voulus comme dirigeants – ou, s’ils ont parfois été amenés à les porter au pouvoir à cause même de cette absurde idée qu’il faut nécessairement être de droite ou de gauche, ils les ont vite rappelés au sens d’un certain équilibre !
Car effectivement, on l’a bien vu à l’occasion du referendum de 2005 comme à l’occasion des présidentielles et de ses suites, les Français dans leur majorité rejettent viscéralement et à juste titre cette dichotomie droite/gauche que le soi-disant "bon fonctionnement" de la démocratie imposerait. Pourtant, au-delà nos réflexes langagiers et de quelques intérêts très partisans, cette inopportune dichotomie est également nourrie, et de manière beaucoup plus perverse, par nos institutions elles-mêmes, qui excluent de fait du "jeu politique" national tout discours tendant à la réfuter (il suffit de voir pour s’en convaincre ce qu’il advient en ce moment de la représentativité de l’UDF-MoDem, mais aussi des volontés de reconstruction au PS).
Il y a là, il me semble, un vrai chantier à ouvrir pour les quelques députés qui voudraient que se normalise le débat politique en France. Car à force de reporter sans cesse une réflexion de fond nécessaire sur la manière de faire évoluer les structures de notre démocratie, on finira par en faire l’obstacle principal à l’efficacité économique et à la paix civile.
Forum
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A gauche et à droite25 mai 2007, par Thierry MarinLje continue à penser que le non à la constitution europenne n’ a été obtenu que grace à une conjuration batarde et qu’il n’est pas de bon ton de la prendre pour reference
Thierry ML-
à Thierry ML5 juin 2007, par Serge RivronMerci Thierry de ton petit passage sur ce site.
Eh ! bien, moi, je pense que lorqu’on demande à 45 millions de citoyens de répondre par oui ou par non (ou de s’abstenir) à une question, il est inévitable que chaque "camp" soit fait d’une "conjuration batarde".
M’intéressent plus les raisons de ce "non" qui l’a très largement emporté, et que, contrairement à ceux qui le commentent depuis - et qui ont à 98% voté "oui" - je ne fais pas mine de rechercher dans des spéculations oiseuses sur une "conjonction de votes protestataires" émis par des débiles légers. La majorité des Français a refusé un texte qui limitait dangereusement l’autonomie politique des nations d’Europe, et totalement leur capacité à choisir leurs options économiques. La majorité des Français a refusé une "constitution-fleuve", volontairement juridiste, et faussement démocrate.
A propos de démocratie, au reste, je suis toujours étonné que les déclarés démocrates, les terroristes médiatiques de la doxa démocratique, ne reconnaissent la légitimité d’un vote populaire que lorsqu’il conforte leur pouvoir, ou leur "bon sens". Déjà lors du referendum de Maastricht, on nous décrivait systématiquement les opposants comme des abrutis sous-informés, exclus et revenchards. En 2005, la propagande en ce sens a battu des records. La forfaiture ensuite de Jacques Chirac, président d’une République qui venait d’exprimer clairement sa volonté de réorienter la "gouvernance européenne" et qui a fait comme si le suffrage de son peuple n’était pas à considérer, cette véritable forfaiture n’a été dénoncée par aucun des "ouistes" qui passent leur temps à nous faire des professions de foi de civisme et de démocratie.
On voit pourtant qu’en à peine trois semaines - et même si je n’approuve pas forcément la manière ni (il faut attendre un peu pour en juger) le fond - un président motivé par son mandat parvient à débloquer (à voir, encore) une situation qu’on nous a dite gravement ébranlée depuis deux ans.
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